Vous êtes-vous déjà baladé en forêt de nuit? Moi une seule fois, lors d'un camp organisé par l'église quand j'avais 10 ans. Depuis, l'idée ne m'a même pas effleurée: quel intérêt y a-t-il à se promener dans le noir, vu que l'on ne peut rien y voir? Pourtant, de tous les plans qu'on m'a proposé mardi soir, c'est celui là que j'ai choisi.
Je ne sais pas où je suis allée exactement, mais il faut passer devant le Counta pour y arriver. J'avais avec moi le kit idéal pour une aventure pareille: des bières, des pétards et un guide. Un bref coup d'oeil au plan pour se situer (le mien a été très bref: le temps de voir une araignée et j'étais à deux mètres du panneau) et on se met en route.
Marcher, c'est simple: un pied devant l'autre et c'est parti. Mais il faut se méfier des milles et uns pièges que Dame Nature a mis en place à l'intention des purs citadins comme moi: branches qui apparaissent de nulle part en travers de la route, sables mouvants, trous dissimulés sous un tapis de feuilles,... Pas si simple que ça, finalement, de se promener! Encore moins quand, sous les effets des gourmandises de mon kit de survie, on a tendance à se perdre dans ses pensées et à ne plus faire attention à où l'on va. Heureusement, mon guide me connaît: conscient de mes absences, il a ouvert la voie et veillé à ma sécurité.
Se retrouver plongé dans la nature de nuit, c'est comme rentrer dans une autre dimension: la hiérarchie des sens est bouleversée, le vue devenant presque inutile; le temps retrouve toute sa relativité; tout paraît nouveau et merveilleux, même le bruit des feuilles qui tombent.
Trop prise dans mon monde imaginaire, je n'ai pas eu la présence d'esprit nécessaire pour voir la biche qui s'enfuyait et j'ai dû me concentrer pour observer des lucioles agonisant sur le sol. Par contre, je n'ai pas raté l'arbre maléfique, derrière lequel s'agitait une bête que l'on n'a jamais pu identifier. Mais le meilleur était au dessus de ma tête: le ciel, les étoiles, l'univers infini et les animaux qui le peuplent, beaucoup plus faciles à observer que leurs cousins terrestres.
En rentrant chez moi, j'ai plongé dans les bras de Morphée sereine et détendue. Etat d'esprit dans lequel je me suis réveillée le lendemain matin. Jusqu'à ce que je bouge.
Aïe! Mes mollets!
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