Aaahhhhh... Décidément, j'aime les dimanches! C'est le seul jour de la semaine où rester dans son lit, déambuler en pyjama toute la journée, se lever juste pour aller se recoucher dans le canapé devant un bon vieux film chinois en VO et, plus généralement, "rien faire" sont des choix tout à fait envisageables et réalisables.
Donc, pour bien illustrer ce concept de farniente du dimanche, je suis allée me crever au sport avec Phil et Serge. Après direction le resto (histoire de reprendre toutes les calories perdues!) avec Phil, Serge devant se préparer pour sa super soirée Bollywood (AHAHAH!).
Nous voilà installés à la terrasse du Café de l'Unif. A coté de nous, un vieux. Pas un vieux comme nous, mais un vrai vieux : environ 70 ans, lunettes épaisses, canne, habillé dans les couleurs typiques de la vieillesse et comme si on était en hiver (veste, pull, gilet, chemise, surement un thermolactyl en dessous), seul, avec son café et sa nostalgie du bon temps passé.
Nous, on commande, on discute de la vie, de l'univers et du reste (mais surtout de l'univers!), on commence à manger et soudain je remarque les pigeons près de la table, qui guettent la moindre miette qui en tomberait.
Il faut savoir que je suis très chochotte des animaux et je m'inquiète tout le temps de leur bien-être : n'importe quelle bestiole, de l'escargot à l'éléphant, qui marche tranquillement dans la rue me donne des palpitations : va-t-il se faire écraser? est-ce qu'il est perdu? est-ce qu'il est heureux? Pourtant, je prône purement et simplement l'extermination des pigeons, stupides et inutiles volatiles, qui encrassent la ville et me chient dans les cheveux.
Ce n'est malheureusement pas le cas des vieux, qui trouvent dans le pigeon un sympathique compagnon de terrasse : le pigeon ne demande que des miettes et s'il les a, il vous porte toute son attention, sans retenue. Le vieux donne donc à manger à ses amis les pigeons. Phil, en citoyen modèle qu'il est, le regarde et lui dit : "Vous savez, c'est interdit". Et le vieux de se lancer dans une explication abracadabrante comme quoi il leur donne le reste des bretzels des autres, ceux qui sont dans le fond du bol, parce que c'est dégueulasse de manger ça et donc, pour garder que les frais, il jette le fond aux pigeons.
Phil, agent de la brigade de la miette, insiste et assène : "N'empêche, c'est vraiment un délit." (Et quoi? On l'arrête? On lui met un PV? On lui casse la gueule?) Le silence s'installe, la discussion semble être close.
Pourtant le vieux commence à raconter d'un air sérieux et nostalgique : "Vous savez, - pause théâtrale - les pigeons me font penser à ces jeunes en voiture, vous voyez? Avec de la musique disco (DISCO???) à plein volume, arrêtés au feu rouge et qui bougent leurs têtes comme ça...". Et là, il agite sa tête de haut en bas, avec le mouvement de cou et d'épaules qui va avec, comme un pigeon (ou un jeune, c'est selon), en tenant un volant virtuel entre ses mains.
Silence gêné.
Mais??? Il nous fait une blague là?!?!?! On commence à rire. Parce qu'on est poli. Et surtout parce qu'on en revient pas d'assister un spectacle pareil: un vieux qui fait une farce.
Je repars de ce restaurant le cœur rempli d'espoir : à 70 ans, on peut encore être drôle. Ou du moins essayer.
Rassurant, non?
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